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Analysis of the technical and organizational constraints of cassava producers in the Mvila division (South region, Cameroon)

Abstract

Cassava is one of the main food crops in Cameroon, playing a central role in food security and rural household income. In the Mvila Division (South Region), despite favourable agroecological conditions, farm performance remains constrained by technical, economic and organizational factors that are still poorly documented. This study aimed to identify these constraints and to assess their influence on producers' performance. A survey was conducted among 80 cassava producers selected through stratified random sampling across the eight subdivisions of the department. Data were collected using a structured questionnaire and processed with Excel and SPSS through descriptive statistics and Spearman rank correlation. Results show a predominantly family-based and female-led production system (67.5% of farm holders), facing severe phytosanitary pressure (95% of producers affected by diseases, including 80% by root rot), low intensification (66.7% use no fertilizer, 72% have no mechanization at all) and almost no access to agricultural credit (92.5% excluded). Although 62.5% of producers belong to a farmer organization, only 25% receive effective technical support and 57.9% consider their organizational level weak. The average yield was 11.67 t/ha (median 7.85 t/ha), well below the crop's agronomic potential. Statistical analysis shows that, among the three constraint dimensions, only organizational constraints exert a significant negative effect on yield (Spearman's ρ = −0.242; p = 0.043), while technical and economic constraints show no significant direct association with agronomic performance. These findings suggest that strengthening technical extension, training and farmer organization structuring should be a priority lever for sustainably improving cassava productivity and competitiveness in the Mvila Division. Le manioc (Manihot esculenta Crantz) constitue une culture vivrière stratégique pour la sécurité alimentaire et les revenus des ménages ruraux au Cameroun. Dans le département de la Mvila (Région du Sud), en dépit d'un potentiel agroécologique favorable, la performance des exploitations de manioc demeure limitée par un ensemble de contraintes techniques, économiques et organisationnelles encore peu documentées. La présente étude vise à identifier ces contraintes et à évaluer leur influence sur la performance des producteurs. L'enquête a été conduite auprès de 80 producteurs de manioc sélectionnés par échantillonnage aléatoire stratifié dans les huit arrondissements du département. Les données, collectées à l'aide d'un questionnaire structuré, ont été traitées sous Excel et SPSS à travers des analyses descriptives et une corrélation de rang de Spearman. Les résultats montrent une production essentiellement familiale et féminine (67,5 % des exploitants), confrontée à une forte pression phytosanitaire (95 % des producteurs affectés par des maladies, dont 80 % par la pourriture des racines), à une faible intensification (66,7 % sans engrais, 72 % sans aucune mécanisation) et à un accès quasi inexistant au crédit agricole (92,5 % exclus). Bien que 62,5 % des producteurs appartiennent à une organisation paysanne, seuls 25 % bénéficient d'un encadrement technique effectif et 57,9 % jugent leur niveau d'organisation faible. Le rendement moyen observé est de 11,67 t/ha (médiane de 7,85 t/ha), très en deçà du potentiel agronomique de la culture. L'analyse statistique révèle que, parmi les trois dimensions de contraintes, seules les contraintes organisationnelles exercent une influence négative et statistiquement significative sur le rendement (ρ de Spearman = −0,242 ; p = 0,043), alors que les contraintes techniques et économiques n'affichent aucun lien direct significatif avec la performance agronomique. Ces résultats suggèrent que le renforcement de l'encadrement technique, de la formation et de la structuration des organisations paysannes constitue un levier prioritaire pour améliorer durablement la productivité et la compétitivité de la filière manioc dans la Mvila.

Full Text

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Introduction

Le manioc (Manihot esculenta Crantz) occupe une place stratégique dans les systèmes agricoles et alimentaires d'Afrique subsaharienne, où il assure plus de 60 % de la production mondiale (FAO, 2023) [1] . Cette culture vivrière, réputée pour sa capacité d'adaptation aux sols pauvres et aux aléas climatiques, constitue une culture de sécurité pour les populations rurales. Au Cameroun, elle représente l'une des principales cultures vivrières, avec une production nationale estimée à environ 5,7 millions de tonnes (MINADER, 2024) [2] , et contribue de manière significative à la sécurité alimentaire des ménages ainsi qu'à la génération de revenus en milieu rural. La Banque Mondiale (2022) [3] souligne d'ailleurs que le développement des cultures vivrières comme le manioc constitue un levier essentiel pour stimuler la croissance agricole et réduire la pauvreté au Cameroun. Toutefois, malgré ce potentiel, les performances des producteurs demeurent globalement faibles. Les rendements observés oscillent généralement entre 5 et 10 tonnes par hectare, alors que des rendements de 40 tonnes ou plus peuvent être atteints en conditions optimales (FAO, 2023 ; IITA, 2020) [1,4] . Cet écart s'explique par de multiples contraintes de nature technique, économique et organisationnelle. Sur le plan technique, la faible adoption des variétés améliorées et des pratiques culturales modernes limitent fortement la productivité (Abdoulaye et al., 2018) [5] , tandis que les maladies virales telles que la mosaïque africaine du manioc et les attaques de ravageurs constituent des facteurs limitants majeurs (Legg et al., 2015 ; Njukwe et al., 2017) [6,7] . Sur le plan économique, les producteurs font face à un accès limité aux intrants de qualité, aux crédits agricoles et aux marchés rémunérateurs (IFAD, 2021) [8] , ce qui réduit la rentabilité de leurs activités. Par ailleurs, la filière manioc reste dominée par de petites exploitations familiales faiblement structurées: l'insuffisance d'organisation collective des producteurs et l'accès limité à l'information de marché constituent des obstacles importants à l'amélioration des performances économiques (Bokagne et al., 2020) [9] . Dans le département de la Mvila, où le manioc constitue une activité dominante des exploitations familiales, les rendements restent faibles, oscillant entre 5 et 10 t/ha, très en deçà du potentiel agronomique estimé à 40 t/ha (Njukwe et al., 2018) [10] . Plusieurs études locales ont mis en évidence des insuffisances techniques (utilisation de boutures non améliorées, encadrement technique insuffisant), des contraintes économiques (accès limité au crédit, coûts élevés de transport) et des faiblesses organisationnelles (faible structuration des organisations paysannes, manque de coordination entre acteurs) (Bokagne et al., 2020) [9] . Ces contraintes n'ont toutefois pas encore fait l'objet d'une analyse intégrée mesurant statistiquement leurs effets respectifs sur la performance des exploitations de la Mvila. Dès lors, la question de recherche suivante se pose: quelles sont les principales contraintes techniques, économiques et organisationnelles auxquelles font face les producteurs de manioc dans la Mvila, et dans quelle mesure influencent-elles leur performance ? Cette étude vise à identifier les contraintes technico-économiques et organisationnelles affectant la production du manioc dans le département de la Mvila et à évaluer leur effet sur la performance des exploitations, mesurée par le rendement, afin de proposer des pistes d'amélioration adaptées au contexte local. Elle repose sur l'hypothèse générale selon laquelle les contraintes technico-économiques et organisationnelles influencent négativement la performance des producteurs de manioc dans la Mvila. Cette recherche présente un double intérêt. Sur le plan scientifique, elle contribue à enrichir une littérature encore limitée sur les déterminants organisationnels de la performance dans les filières vivrières camerounaises. Sur le plan opérationnel, elle fournit des données empiriques susceptibles d'orienter les politiques publiques, les programmes de développement rural et les stratégies des organisations paysannes visant à renforcer la compétitivité de la filière manioc dans le département de la Mvila et, plus largement, dans la région du Sud Cameroun. pluviométrie annuelle comprise entre 1 500 et 2 000 mm et des températures moyennes de 24 à 26 °C, des conditions globalement favorables à la culture du manioc (IRAD, 2020) [11] . Les sols, majoritairement ferralitiques, sont souvent acides et pauvres en éléments nutritifs, ce qui limite souvent les rendements en l'absence d'apport d'intrants (Ondobo et al., 2018) [12] . La population, essentiellement rurale, dépend largement de l'agriculture familiale de petite taille, pratiquée selon des techniques traditionnelles (INS, 2021) [13] , dans un contexte de faible structuration des organisations paysannes et d'accès limité aux services de vulgarisation (Bikoï et al., 2019) [14] . Le choix de la Mvila comme zone d'étude se justifie par l'importance socio-économique du manioc dans les systèmes de production locaux, la persistance de contraintes multiples affectant la performance des producteurs, et la pertinence de la zone pour analyser les interactions entre facteurs techniques, économiques et organisationnels. Source: fond de carte BD Atlas (2024), traitement personnel, 2026.

Méthodes

Cadre de l'étude

Approche méthodologique

Cette recherche mobilise une approche hybride combinant méthodes quantitatives et qualitatives. Deux types de données ont été exploités. Les données secondaires, issues de rapports d'organisations internationales et nationales (FAO, MINADER, INS) et de publications scientifiques, ont permis de cerner le contexte général de la filière manioc et d'identifier les contraintes déjà documentées dans la littérature. Les données primaires ont été collectées directement auprès des producteurs de manioc du département à l'aide de trois outils complémentaires: un questionnaire structuré, administré pour recueillir les données quantitatives relatives aux caractéristiques socioéconomiques des producteurs, à leurs pratiques de production, aux contraintes rencontrées et à leurs performances économiques ; des entretiens semi-directifs, réalisés auprès de certains acteurs clés de la filière pour approfondir l'analyse ; et l'observation directe, permettant de vérifier certaines pratiques culturales sur le terrain.

Population et échantillonnage

La population cible est constituée de l'ensemble des producteurs de manioc actifs du département de la Mvila, estimée à 312 producteurs enregistrés dans les différentes délégations d'arrondissement, pour une production départementale d'environ 2 303 tonnes réalisée sur 329 hectares emblavés. Un échantillonnage aléatoire stratifié a été retenu, consistant à répartir la population en strates homogènes correspondant aux huit arrondissements du département, puis à sélectionner aléatoirement les producteurs au sein de chaque strate. Cette technique améliore la représentativité de l'échantillon et réduit les biais de sélection (Etikan et al., 2017) [15] . Un échantillon de 80 producteurs a ainsi été constitué, soit environ 25 % de la population cible, à raison de 10 producteurs enquêtés en moyenne par arrondissement, comme le présente le tableau 1.

Tableau 1: Arrondissements et effectifs de producteurs enquêtés

Analyses statistiques

Les données collectées ont été codifiées, saisies puis nettoyées sous Microsoft Excel avant d'être analysées à l'aide du logiciel SPSS. Des statistiques descriptives (fréquences, moyennes, écarts-types, médianes) ont été calculées pour caractériser les producteurs, leurs exploitations et leurs performances. Pour analyser l'intensité des contraintes, trois indices composites ont été construits à partir du nombre de contraintes déclarées par producteur: un indice de contraintes techniques (C T , codé de 0 à 5), un indice de contraintes économiques (C E , codé de 0 à 4) et un indice de contraintes organisationnelles (C O , codé de 0 à 3). La normalité des distributions du rendement et des trois indices a ensuite été testée à l'aide des tests de Shapiro-Wilk et de Kolmogorov-Smirnov. L'ensemble des variables présentant une distribution non normale, le coefficient de corrélation de rang de Spearman (ρ), adapté aux distributions asymétriques, a été retenue pour mesurer les associations entre chaque indice de contraintes et le rendement du manioc (t/ha). Le rendement moyen des exploitations de manioc dans la Mvila est de 11,67 t/ha, mais la médiane, plus robuste face aux valeurs extrêmes, s'établit à seulement 7,85 t/ha. Cette forte asymétrie (coefficient d'asymétrie = 3,78) traduit une distribution tirée vers le haut par un petit nombre d'exploitations très productives, alors que 72,9 % des producteurs obtiennent un rendement inférieur à 10 t/ha, dont 30,0 % en dessous de 5 t/ha. Ce niveau de performance reste largement en deçà du potentiel agronomique de la culture, estimé à 40 t/ha en conditions optimales (FAO, 2023) [1] , et reflète la combinaison des contraintes techniques précédemment identifiées. La production annuelle moyenne par exploitation est de 16,62 t (médiane 14,70 t), un niveau modeste au regard de la superficie totale disponible, confirmant la sous-exploitation du potentiel productif de la zone.

N°Arrondissement

Contraintes techniques affectant la production du manioc

Contraintes économiques des producteurs

Contraintes organisationnelles des producteurs

Relation entre les contraintes et la performance des exploitations

Les trois indices composites de contraintes construits pour l'analyse affichent des niveaux moyens élevés: le score de contraintes techniques (C T , sur 5) atteint une moyenne de 4,05, celui des contraintes économiques (C E , sur 4) une moyenne de 3,00, et celui des contraintes organisationnelles (C O , sur 3) une moyenne de 1,80, avec une distribution plus équilibrée entre les modalités. Les tests de Shapiro-Wilk appliqués au rendement et aux trois indices confirment le rejet de l'hypothèse de normalité pour l'ensemble des variables (p < 0,001 dans tous les cas), justifiant le recours à la corrélation de rang de Spearman plutôt qu'à une corrélation paramétrique de Pearson. Les résultats de la corrélation de Spearman révèlent une configuration différenciée selon les dimensions de contraintes. Le score de contraintes techniques (ρ = 0,148 ; p = 0,221) et celui des contraintes économiques (ρ = 0,076 ; p = 0,531) ne présentent aucune relation statistiquement significative avec le rendement. En revanche, le score de contraintes organisationnelles entretient une corrélation négative, modérée et significative avec le rendement (ρ = -0,242 ; p = 0,043), indiquant que les producteurs cumulant davantage de contraintes organisationnelles obtiennent des rendements significativement plus faibles. Par ailleurs, une corrélation positive forte et hautement significative est observée entre les scores C T et C E (𝜌 = 0, 437 ; p < 0,001), confirmant que ces deux dimensions covarient étroitement et se renforcent mutuellement dans le système de production étudié. Ces résultats suggèrent que, dans le contexte de la Mvila, c'est la dimension organisationnelle, encadrement technique, formation, appartenance à une organisation fonctionnelle qui conditionne le plus fortement le niveau de performance des exploitations, en agissant comme un facteur structurant de l'accès et de l'utilisation efficace des autres ressources productives.

Discussion

La forte prédominance des femmes parmi les producteurs de manioc de la Mvila (67,5 %) confirme le rôle central que joue le manioc dans les stratégies alimentaires portées par les femmes en Afrique centrale, une observation qui rejoint les travaux de Ngome et al. (2021) [16] selon lesquels les femmes assurent l'essentiel de la main-d'oeuvre dans les systèmes agricoles vivriers de la région. La structure démographique relativement jeune et active (âge moyen de 40 ans) constitue un atout potentiel pour la diffusion des innovations, un profil convergent avec les observations de Bokagne et al. (2020) [9] sur la concentration des agriculteurs camerounais dans la tranche 35-50 ans. Le niveau d'instruction globalement faible, dominé par le primaire et le secondaire (92,4 % au plus), corrobore néanmoins les conclusions de Njukwe et al. (2018) [10] et Folefack et al. (2019) [17] selon lesquelles le déficit éducatif constitue un obstacle majeur à l'appropriation des technologies agricoles modernes en Afrique centrale. Le niveau très élevé d'incidence des maladies (95,0 %), en particulier de la pourriture des racines (80,0 %), dépasse les estimations généralement rapportées dans la littérature pour des zones similaires, ce qui indique une dégradation particulièrement avancée des conditions phytosanitaires dans la Mvila. Ce résultat converge avec Njukwe et al. (2018) [10] et Tchawa et al. (2019) [18] , qui documentent une forte pression des maladies virales et bactériennes dans les systèmes maniociers d'Afrique centrale. La prédominance quasi exclusive des techniques traditionnelles (96,2 %) et la faible utilisation d'engrais (66,7 % sans engrais) confirment les observations de Ngome et al. (2021) [16] et d'Ondobo et al. (2018) [12] , qui associent ces pratiques à un faible niveau d'encadrement technique et à des contraintes financières limitant l'accès aux intrants. Le paradoxe observé entre une forte incidence des maladies et une faible utilisation des produits phytosanitaires (56,4 % n'en utilisent aucun) rejoint les constats de Legg et al. (2015) [6] , qui soulignent que la lutte chimique contre les maladies du manioc reste peu répandue en Afrique subsaharienne, faute d'accès aux produits et de formation adéquate. L'accès quasi inexistant au crédit agricole (92,5 % des producteurs exclus) est cohérent avec les résultats de Folefack et al. (2019) [17] ,

qui documentent dans les zones rurales du Cameroun un taux d'accès au crédit formel inférieur à 10 % chez les petits producteurs, en raison du déficit d'institutions de microfinance adaptées. La perception unanime d'un coût de production élevé, associée à l'instabilité des prix et à la faible rentabilité perçue, traduit une vulnérabilité économique structurelle chez les exploitations agricoles camerounaises. Le paradoxe entre une faible rentabilité perçue et une contribution significative du manioc au revenu du ménage (80,0 % des ménages la jugeant moyenne à élevée) s'explique par la double fonction vivrière et marchande de la culture, un résultat qui rejoint les observations d'IRAD (2018) [19] sur le rôle de refuge économique du manioc pour les ménages ruraux à faibles revenus monétaires. L'analyse des contraintes organisationnelles constitue l'apport central de cette étude. Le taux d'adhésion aux organisations paysannes observé dans la Mvila (62,5 %) est nettement supérieur à celui rapporté par Ngome et al. (2021) [16] pour l'ensemble des producteurs de manioc au Cameroun (moins de 40 %), ce qui pourrait s'expliquer par une culture associative plus développée dans le Sud Cameroun, héritée de la tradition des GIC et des tontines. Ce taux d'adhésion élevé ne se traduit toutefois pas par un bénéfice organisationnel effectif: la prédominance des GIC (46,8 %) et des associations (35,5 %) au détriment des coopératives (8,1 %), le faible taux d'encadrement technique (25,0 %) et de participation aux formations (28,8 %), ainsi que la perception d'un faible niveau d'organisation par 57,9 % des producteurs, révèlent un fossé important entre l'existence formelle des organisations et leur capacité opérationnelle réelle. Ce constat rejoint celui de Bikoï et al. (2019) [14] , qui documentent une déconnexion fréquente entre la structuration formelle et l'effectivité des services rendus par les organisations paysannes du Sud Cameroun, ainsi que celui de Bokagne et al. (2020) [9] sur la faible capacité des organisations camerounaises à assurer des fonctions économiques structurantes. Sur le plan statistique, l'absence de corrélation significative entre les contraintes techniques ou économiques et le rendement ne signifie pas que ces contraintes sont sans effet sur la performance des exploitations: selon Farrell (1957) [20] , plusieurs facteurs peuvent agir simultanément sur l'efficacité technique, et certains effets peuvent être compensés par des stratégies d'adaptation développées par les producteurs eux-mêmes (recours à la main-d'oeuvre familiale, diversification des cultures, ajustement des superficies). En revanche, la corrélation négative et significative observée entre le score de contraintes organisationnelles et le rendement (ρ = -0,242 ; p = 0,043) confirme que la performance agricole dépend non seulement de facteurs techniques, mais également de la cohérence du système de production et des interactions entre acteurs, comme le soutient Dufumier (1996) [21] . Ce résultat converge avec Ngome et al. (2021) [16] , qui montrent que l'appartenance à une organisation paysanne fonctionnelle est associée à un meilleur accès aux intrants et aux formations, et donc à des rendements plus élevés pour les membres réellement encadrés, ainsi qu'avec Folefack et al. (2019) [17] , qui relient les difficultés d'accès à l'information et la faible structuration des producteurs à une réduction indirecte des rendements. Dans l'ensemble, ces résultats confirment partiellement l'hypothèse générale de l'étude selon laquelle les contraintes technicoéconomiques et organisationnelles influencent négativement la performance des producteurs de manioc dans la Mvila, tout en mettant en évidence le rôle particulièrement déterminant de la dimension organisationnelle. Alors que les contraintes techniques et économiques demeurent omniprésentes et interconnectées (𝜌 = 0, 437 entre C T et C E ), c'est la faible structuration organisationnelle plus que la seule intensité des contraintes techniques ou financières qui apparaît comme le facteur le plus directement associé aux écarts de rendement observés entre exploitations.

Conclusion

Cette étude a permis d'identifier et de hiérarchiser les contraintes technico-économiques et organisationnelles affectant les producteurs de manioc dans le département de la Mvila, ainsi que d'évaluer leurs effets sur la performance des exploitations. Les résultats montrent que la filière manioc de la Mvila repose essentiellement sur un modèle de production familiale, à dominante féminine, marqué par une forte pression phytosanitaire, une faible intensification technique, un accès quasi inexistant au crédit agricole et une structuration organisationnelle encore embryonnaire malgré un taux d'adhésion relativement élevé aux organisations paysannes. Les rendements obtenus (moyenne de 11,67 t/ha, médiane de 7,85 t/ha) demeurent très inférieurs au potentiel agronomique de la culture, traduisant l'effet cumulatif de ces contraintes. Sur le plan statistique, l'analyse de corrélation de Spearman révèle que, parmi les trois dimensions étudiées, seules les contraintes organisationnelles exercent une influence négative et significative sur le rendement, ce qui souligne le rôle structurant de l'encadrement technique, de la formation et du fonctionnement effectif des organisations paysannes dans l'amélioration de la performance agricole. L'hypothèse générale de l'étude est ainsi partiellement vérifiée: les contraintes technico-économiques demeurent omniprésentes mais n'exercent pas d'effet statistiquement mesurable direct sur le rendement dans cet échantillon, tandis que la dimension organisationnelle s'affirme comme le déterminant le plus significatif de la performance des exploitations de manioc. Ces résultats invitent à orienter en priorité les interventions de développement vers le renforcement de l'encadrement agricole, l'amélioration de l'accès aux innovations variétales et au financement, et surtout vers la professionnalisation des organisations paysannes existantes, afin d'assurer une amélioration durable de la productivité et de la compétitivité de la filière manioc dans le département de la Mvila et, plus largement, dans la région du Sud Cameroun.

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